Formation en ligne : un déploiement encore très lié à l’organisation des entreprises
Classes virtuelles, e-learning, formats hybrides, modules asynchrones… La formation à distance s’est progressivement installée dans les pratiques des entreprises. Mais son développement ne dépend pas uniquement de l’existence d’outils numériques ou de plateformes de formation.
Dans son Céreq Bref n°484 d’avril 2026, intitulé “Plus la formation est pilotée en entreprise, plus elle se déploie en ligne”, Jimmy Merlet analyse les usages de la formation à distance dans les entreprises de moins de 1 000 salariés. L’étude montre une réalité structurante : plus la formation est pilotée dans l’entreprise, plus elle se déploie en ligne.
Ce constat rejoint un enjeu central pour AINOA : le développement de la formation digitale ne peut être pensé comme une simple transformation technique. Il suppose une stratégie, une organisation, des compétences internes, des moyens et une gouvernance adaptée.
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Un peu plus d’un tiers des entreprises utilisent la formation à distance
Selon le Céreq, la formation à distance s’est diffusée dans un peu plus d’un tiers des entreprises de moins de 1 000 salariés en 2021.
Dans le détail, l’étude distingue plusieurs modalités :
- la formation synchrone, comme les classes virtuelles ou les cours en ligne en direct ;
- la formation asynchrone, comme les modules e-learning suivis en autonomie ;
- les formats hybrides, combinant plusieurs modalités.
Un enseignement important ressort : la formation à distance reste majoritairement portée par des formats synchrones. Autrement dit, le digital learning ne signifie pas nécessairement autonomie totale ou disparition de l’accompagnement humain. La présence pédagogique, l’interaction et l’encadrement restent au cœur des dispositifs.
Pour les acteurs de la formation professionnelle, ce point est essentiel : la valeur d’un dispositif digital ne se mesure pas seulement à son degré de technicité, mais à sa capacité à soutenir les apprentissages, à maintenir l’engagement et à accompagner les parcours.
Taille de l’entreprise : un écart très marqué dans l’accès à la formation digitale
L’étude met également en évidence des écarts importants selon la taille des entreprises. Les grandes structures sont nettement plus nombreuses à mobiliser la formation à distance que les plus petites. Ce résultat n’est pas surprenant : les entreprises de plus grande taille disposent plus souvent de services RH structurés, de responsables formation, de budgets dédiés, d’outils numériques et d’une capacité à planifier les parcours.
À l’inverse, les petites entreprises peuvent rencontrer davantage de freins : manque de temps, absence de ressources internes dédiées, difficulté à identifier les bons outils, accès plus limité à l’ingénierie pédagogique ou au conseil. Le développement de la formation digitale pose donc une question d’égalité d’accès. Sans accompagnement adapté, le risque est que les entreprises déjà les mieux structurées soient aussi celles qui bénéficient le plus des opportunités offertes par la formation en ligne.
Le secteur d’activité influence fortement le recours à la formation à distance
Le Céreq observe aussi des différences selon les secteurs. Les secteurs déjà fortement utilisateurs de formation professionnelle sont aussi ceux qui mobilisent le plus la formation à distance. Les services financiers, informationnels et immobiliers, ainsi que les secteurs de la santé et de l’éducation, apparaissent plus avancés dans le recours aux formats distanciels. À l’inverse, l’agriculture ou la construction restent moins engagées dans ces modalités. Ces écarts peuvent s’expliquer par plusieurs facteurs : nature des métiers, habitudes de formation, niveau d’équipement numérique, disponibilité des salariés, maturité digitale des organisations, ou encore possibilité de transposer certaines situations de travail dans des formats en ligne.
Pour AINOA, cette observation rappelle un point fondamental : la formation digitale doit être pensée à partir des usages, des métiers et des contextes professionnels. Il ne s’agit pas de transposer mécaniquement une formation présentielle vers un format en ligne, mais de construire des modalités adaptées aux besoins réels des apprenants, des entreprises et des équipes pédagogiques.
La gouvernance, levier décisif de la formation digitale
Le principal enseignement de l’étude tient dans le lien entre gouvernance de la formation et déploiement du distanciel. Lorsqu’une entreprise dispose d’une politique de formation structurée, d’acteurs identifiés, d’un budget, d’un suivi et d’une capacité de pilotage, elle est davantage en mesure de développer la formation à distance et les formats hybrides.
Ce constat confirme que la transformation digitale de la formation ne repose pas uniquement sur l’achat d’une plateforme LMS, d’un outil auteur ou d’une solution de classe virtuelle. Ces outils sont nécessaires, mais ils ne suffisent pas. Pour qu’un dispositif digital fonctionne, plusieurs conditions doivent être réunies :
- une stratégie claire ;
- une organisation interne capable de piloter les parcours ;
- une ingénierie pédagogique adaptée ;
- un accompagnement des apprenants et des formateurs ;
- une évaluation des usages et des résultats ;
- une capacité à ajuster les dispositifs dans le temps.
Le digital learning devient ainsi un révélateur de maturité organisationnelle. Plus une entreprise est structurée dans sa manière de penser et de piloter la formation, plus elle est en capacité de tirer parti des formats en ligne.
Formation hybride : une modalité prometteuse, mais encore inégalement diffusée
L’étude souligne également l’intérêt des formats hybrides, qui combinent plusieurs modalités pédagogiques. Ces formats peuvent permettre de concilier souplesse, accompagnement, individualisation et interaction. Mais leur déploiement suppose un niveau de maturité plus élevé. Concevoir un parcours hybride demande de penser l’articulation entre les temps synchrones et asynchrones, les activités individuelles et collectives, les temps d’accompagnement, les évaluations et les situations de transfert en contexte professionnel.
L’hybridation ne peut donc pas être réduite à l’ajout de quelques modules e-learning dans un parcours existant. Elle nécessite une véritable ingénierie pédagogique multimodale. C’est un enjeu majeur pour les organismes de formation, les CFA, les entreprises et l’ensemble des acteurs qui accompagnent la transformation des compétences.
Un enjeu d’accompagnement pour les petites entreprises
L’un des points de vigilance de l’étude concerne les petites entreprises. Si la formation à distance peut représenter une opportunité pour faciliter l’accès à la formation, elle ne produit pas automatiquement cet effet. Sans accompagnement, sans ingénierie adaptée et sans ressources dédiées, les plus petites structures peuvent rester à l’écart des usages les plus avancés. Les branches professionnelles, les OPCO, les réseaux d’acteurs, les organismes de formation et les associations professionnelles ont donc un rôle clé à jouer pour rendre ces modalités plus accessibles. Cela suppose de proposer des repères, des outils, des retours d’expérience, des cadres méthodologiques et des accompagnements adaptés aux réalités des entreprises.
Ce que cette étude confirme pour les acteurs de la formation professionnelle
Pour AINOA, cette publication du Céreq confirme plusieurs convictions fortes. D’abord, la formation digitale est un sujet stratégique, pas seulement un sujet technique. Elle engage l’organisation, les métiers, les compétences internes et la qualité des parcours. Ensuite, le pilotage est déterminant. Les entreprises qui structurent leur politique de formation sont mieux armées pour intégrer des modalités en ligne, hybrides ou multimodales. Enfin, l’accompagnement reste indispensable. Le développement de la formation digitale nécessite de soutenir les équipes, de professionnaliser les pratiques, de sécuriser les choix pédagogiques et d’éviter que les écarts entre organisations ne se creusent.
Dans un contexte où les besoins en compétences évoluent rapidement, la formation à distance peut devenir un levier puissant. À condition d’être pensée comme un projet global, articulant stratégie, pédagogie, outils, accompagnement et évaluation.
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