Parcours et inspirations
- Pouvez-vous revenir sur les grandes étapes de votre parcours professionnel ?
Après l’obtention d’un DESS en ressources humaines, j’ai construit un parcours de plus de vingt-cinq ans dans le secteur privé, dans le champ des services en ressources humaines. Au fil de ces années, j’ai exercé des fonctions variées qui m’ont permis d’acquérir une vision globale des enjeux RH : responsable de la formation, directeur d’un réseau national d’agences, puis chef de cabinet auprès d’un directeur général.
Souhaitant enrichir cette expérience par une approche plus stratégique, j’ai suivi en parallèle un Master en management global à l’Université Paris Dauphine.
J’ai ensuite rejoint Opacalia, opérateur de compétences interprofessionnel, en tant que directeur Île-de-France. C’est au cours de cette période que j’ai été auditeur de la 36ᵉ session de l’Institut National du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (INTEFP), une expérience particulièrement structurante qui a renforcé ma compréhension des politiques publiques de l’emploi et de la formation.
Depuis 2020, j’occupe les fonctions de directeur général de Transitions Pro Île-de-France. Cette organisation paritaire joue un rôle essentiel en matière de reconversion des salariés. Elle contribue activement à l’accompagnement des mutations économiques et territoriales et œuvre en faveur du plein et du bon emploi, en sécurisant les parcours professionnels.
- Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous impliquer dans le secteur de la formation professionnelle et de l’innovation pédagogique ?
Ce qui m’a donné envie de m’impliquer dans le secteur de la formation professionnelle, c’est une conviction simple : le travail n’est plus linéaire, et chacun doit pouvoir apprendre et évoluer tout au long de sa vie. Mes parents, issus de la génération des Trente Glorieuses, ont connu des parcours stables, dans une seule organisation, sans jamais être confrontés au chômage. Ce monde-là n’existe plus. Aujourd’hui, chacun sait qu’il devra changer plusieurs fois de métier, et que ses compétences devront être renouvelées en permanence. Là où elles pouvaient durer trente ans, leur durée de vie est désormais de deux à cinq ans. Apprendre tout au long de la vie n’est plus une option, c’est une nécessité.
J’ai connu une époque où le formateur détenait le savoir, où la formation se déroulait exclusivement en présentiel, et où l’encyclopédie Universalis faisait figure de référence, bien avant l’ère du numérique et des plateformes collaboratives. Depuis, les mutations économiques, technologiques et sociales ont profondément rebattu les cartes.
Face à ces bouleversements, la formation professionnelle n’a pas d’autre choix que de se réinventer. Elle demeure un levier essentiel d’émancipation et de sécurisation des parcours, mais elle doit aujourd’hui se transformer en profondeur. L’innovation pédagogique est partout : plateformes numériques, MOOCs, réalité virtuelle et augmentée, intelligence artificielle… Ces outils ouvrent des perspectives inédites, mais ils imposent aussi un certain nombre de responsabilité.
Vision de la formation et du digital
- Quelles transformations le numérique permet-il ? Et quelles limites ou vigilances identifiez-vous ?
Pour Transitions Pro Île-de-France, financeur de la formation, ces outils sont un levier pour accompagner efficacement les salariés dans leurs reconversions et sécuriser leurs parcours professionnels, en adaptant la pédagogie aux besoins de chacun. Le digital permet aussi de toucher des publics qui rencontrent des difficultés d’accès à la formation : personnes en situation de handicap, salariés vivant dans des zones rurales ou isolées, ou encore ceux dont l’offre locale de formation est très réduite.
Mais ces transformations ne sont pas sans limites. L’accès au numérique reste inégal et peut creuser des écarts entre ceux qui maîtrisent ces outils et les autres. La qualité pédagogique ne se réduit pas à la technologie : une plateforme interactive ne remplace pas un accompagnement humain de qualité. Les études que nous avons menées sur notre public démontrent l’importance du synchrone par rapport l’asynchrone, ainsi que la nécessité d’intégrer des stages pratiques ou une pédagogie duale lorsque la formation se déroule à distance.
Enfin, la surcharge d’outils ou l’isolement dans l’apprentissage peut nuire à l’efficacité et à la motivation des salariés. La vigilance est donc double : garantir l’égalité d’accès aux innovations et maintenir la qualité et l’humain au cœur des dispositifs financés.
En somme, le numérique est une opportunité majeure, mais il doit rester au service de l’inclusion et de l’efficacité des parcours professionnels. Pour Transitions Pro Ile-de-France, il s’agit de financer des formations qui allient innovation et accompagnement personnalisé, afin que chacun puisse transformer ces outils en compétences concrètes et durables.
- Quels sont les sujets (pédagogiques, sociaux, technologiques…) qui vous tiennent particulièrement à cœur ?
Aujourd’hui, plusieurs sujets liés au numérique dans la formation retiennent particulièrement l’attention du financeur de la reconversion que nous sommes. Il s’agit d’évaluer d’abord la facilitation de l’accès aux publics qui n’ont pas habituellement la possibilité de se former, grâce à nos dispositifs. L’évolution de la pédagogie doit se faire au service de l’apprenant et de sa réussite, ce qui nous amène, dans le cadre de notre rôle de contrôle, à adapter et renforcer nos grilles d’analyse pour évaluer l’efficacité réelle des formations que nous finançons, intégrant cette modalité. Enfin, il est essentiel de rester vigilant face aux risques d’exclusion : certaines personnes n’ont pas accès aux outils numériques ou sont confrontées à l’illectronisme, et aucune ne doit être laissée de côté.
- Si vous deviez résumer en une phrase votre vision de la formation de demain, ce serait… ?
Nous voyons la formation de demain comme un parcours hybride, flexible et inclusif, où l’innovation pédagogique et le numérique sont au service de l’apprenant, de sa réussite et de la sécurisation de ses trajectoires professionnelles.
Rôle et ambition au sein d’AINOA
- Comment avez-vous connu AINOA ?
J’ai découvert AINO grâce à mes pairs, qui m’ont sensibilisé aux travaux de cette association. La qualité de leurs analyses et de leurs réflexions en fait un acteur central et reconnu, non seulement sur les enjeux de l’innovation dans notre secteur et l’impact du numérique et de l’intelligence artificielle sur la formation, mais aussi à travers leurs manifestations et événements qui fédèrent et nourrissent la réflexion de l’ensemble des professionnels.
- Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager dans l’association ?
C’est aujourd’hui l’association de référence dans le domaine de l’innovation et du numérique dans la formation, par la diversité de ses membres (organismes de formation, financeurs, entreprises, éditeurs, institutions), la qualité et la richesse de ses travaux (baromètres, cadres de bonnes pratiques, guides et recommandations…), ainsi que par ses événements structurants — ateliers, webinaires, rencontres nationales et groupes de travail — qui favorisent l’échange de pratiques et alimentent la réflexion collective sur les enjeux actuels et futurs du secteur.
- Quelles sont vos priorités ou vos premières envies pour ce mandat ?
Il s’agit d’inciter les financeurs qui ne sont pas encore membres d’AINOA à nous rejoindre, car c’est aujourd’hui la seule association qui rassemble l’ensemble des acteurs de notre écosystème sur le sujet précis de l’innovation et du numérique dans la formation. Mon objectif est également de mobiliser les autres parties prenantes – organismes de formation, entreprises, institutions – pour les sensibiliser aux attentes que nous pouvons avoir en tant que financeurs, afin de nourrir concrètement les travaux et les livrables de l’association.
- Que diriez-vous à une organisation ou à un indépendant qui hésite encore à rejoindre AINOA ?
Je leur dirais que rejoindre AINOA, c’est intégrer un réseau unique où tous les acteurs de l’écosystème – financeurs, organismes de formation, entreprises et institutions – se retrouvent pour réfléchir aux enjeux majeurs de l’innovation et du numérique dans la formation. C’est aussi aujourd’hui l’association qui, par sa spécialisation, est un acteur reconnu par les pouvoirs publics dans les consultations portant sur ces sujets. Participer à AINOA, c’est donc partager des expériences, accéder à des analyses de qualité et contribuer à des travaux qui font réellement avancer le secteur.









